La fabrique de l’erreur judiciaire entre faits divers et fiction

Michela Gardini






La réflexion littéraire sur la justice, notamment à partir du XIXe siècle, va progressivement se focaliser sur la problématique liée à l’erreur judiciaire. Si la littérature populaire au XIXe siècle, construite autour du binôme damnation/rédemption, prévoyait pour la victime de l’erreur non seulement la réhabilitation mais aussi sa pleine réintégration dans le corps social, différemment dans la fiction contemporaine il n’y a plus aucun rachat possible, car l’erreur va se caractériser par sa fatale irréversibilité. C’est bien Jules Verne avec son roman tardif Un drame en Livonie (1902) qui incarne ce passage vers une représentation profondément pessimiste, en montrant toute l’actualité de l’affaire Dreyfus. La thématique de l’erreur judiciaire montre bien l’opposition entre une conception idéale de la justice d’une part et la justice arbitraire de l’autre, de par la polarité entre le Droit et la Loi. C’est bien sur cette intangibilité de la loi que Montaigne avait élaboré le concept de « fondement mystique de l’autorité », repris par Derrida qui souligne comment l’obéissance aux lois devient un acte de foi dépourvu de tout fondement ontologique. Une fiction, donc, qui se met en scène chaque fois qu’on joue un procès, comme dans le célèbre cas Dominici qui apparaît comme l’énième répétition de la même représentation, depuis les procès aux sorcières jusqu’à l’histoire de la colonne infâme, de Jeanne d’Arc à Dreyfus.